PASSAGES : l’Avent

L’Avent est censé préparer Noël (ou nouveau soleil), accompagner le passage de l’ombre à la lumière. L’Avent se réduit la plupart du temps à un calendrier de l’Avent plein de chocolats, ou de mini (ou couteux) cadeaux, et même de réductions dans une grande surface (24 fenêtres, 24 réductions). Ce type de calendrier prépare la terrible consommation de Noel et des fêtes !

Heureusement voila par exemple le calendrier de l’Avent inversé… Au lieu de recevoir, chaque jour offre un cadeau et mets le dans la boite de l’Avent et à Noel offre cette boite à quelqu’un qui en a besoin ou à qui ça fait plaisir.

Car comment traverser les jours les plus courts et surtout les nuits les plus longues de l’année ? En mangeant plus de chocolats ? En consommant plus ? … Nous au fond nous savons tous que nous rêvons de lien, dehors et dedans, nous voulons « des étoiles, des voiles » (dixit A.Souchon). Nous cherchons la lumière oui ! L’Avent (ou arrivée, avènement) prépare pour les chrétiens la naissance de Jésus mais que l’on soit chrétien ou non, la fête de Noel a du sens.  Si nous accompagnions la descente vers l’ombre plus consciemment ? une citation par jour, une bougie pour méditer

Nous pouvons faire cette couronne de l’Avent avec les 4 grandes bougies rouges, une par semaine, qui brilleront toutes ensemble le jour de Noel. Et on peut faire bruler en plus, comme à l’origine de cette tradition d’Europe de l’est, une petite bougie par jour.

Très près de Noël : le solstice d’hiver (soleil immobile) qui a été célébré par toutes les traditions sans doute et qui est célébré à nouveau par des occidentaux en recherche de rituels et de nature…

 

Brigitte Chavas, 2017

L’âme-sœur n’existe pas

Nous avons peut-être grandi dans l’idée qu’une âme-sœur nous attendait quelque part, nous nous sommes réjouis au lumineux moment d’une rencontre en espérant l’avoir enfin trouvée. 

Mais elle n’existe pas ! A un niveau subtil nous sommes tous reliés, nous faisons partie d’une même famille. A certains autres niveaux de conscience nous sommes plus ou moins proches de certaines personnes : nous nous comprenons, nous nous rencontrons à certains étages de notre être.

Si l’âme est la part personnelle de la dimension transpersonnelle, ou spirituelle, de l’être humain, c’est-à-dire la façon singulière que cet être-là incarne l’infini dans ce monde fini, alors cette âme aussi est unique comme nous sommes tous uniques. Et il y a certainement des « familles d’âmes » : nous trouvons des frères et sœurs avec une vibration commune à tel ou tel niveau de notre corps psyché, de notre conscience incarnée. Familles ou frères ou sœurs, d’âme ? de cœur ? d’aspiration ?  C’est souvent assez mystérieux … Sans doute quelques personnes dans nos vies mériteraient d’être nommées âmes-sœurs pour la proximité ou l’intimité que nous générons ou rencontrons ensemble.  Cependant qu’une seule âme dans cet univers soit notre âme-sœur, cela parait enfantin ou idéaliste. Même si la théorie des âmes-sœurs est très ancienne et fait référence à cette théorie où Dieu aurait créé les âmes par couples. Chercher l’âme sœur serait imaginer une intensité fusionnelle, une sorte d’autre soi-même, de jumeau ou jumelle, un reflet de soi, un être capable de nous comprendre et de nous aimer sans avoir besoin de dire ou de demander. En tout cas, cette recherche nourrit le rêve !

Mais au quotidien avec qui nous engageons-nous, qui épousons-nous, qui croyons nous aimer ? C’est tout simplement un autre être humain avec lequel il y a parfois, souvent, dans un premier temps une forme de magie. Il y a de profondes résonances et c’est ce qui nous apparait en premier. Puis avec le temps, nous réalisons, parfois douloureusement, qu’à d’autres niveaux, il y a des différences, des dissonances, des incompréhensions, des conflits. Et pourtant c’est celui-là ou celle-là qui est dans nos vies, avec qui nous avons tant partagé, ou avions, avons, tant envie de partager, qui est peut-être l’autre parent de nos enfants.

C’est là l’aventure du couple, le défi d’une relation engagée. Allons-nous persévérer ou pas ? C’est un choix personnel, à faire et refaire… Une autre âme-sœur ne nous attend pas quelque part … Mais nous pouvons entreprendre, avec courage ou illusion, une nouvelle rencontre ;  nous pouvons risquer la traversée de la solitude ; ou nous pouvons oser l’intimité avec celui ou celle qui est là, avec toutes ses différences et tous les espaces difficiles que la relation nous fait approcher.

Brigitte Chavas, 2017

L’émotion, un chemin vers l’être, 3e chapitre

Comment faire avec les émotions? Nous avons compris comment notre développement psychique et notre déploiement sont très en lien avec l’émotion et la relation à l’émotion. Une vie libre serait une vie qui ressent et laisse passer les sensations, les émotions, les pensées… C’est la réaction à nos émotions, la relation, l’attitude que nous avons avec elles qui a fait de nous et fait de nous qui nous sommes et comment nous nous comportons. (L’émotion un  chemin vers l’être, 2eme chapitre)

Comment accompagner l’émotion ? Comment devenir plus conscient et plus libre avec l’émotion ?

Sans doute ne serons nous jamais parfaitement conscients et parfaitement à l’aise avec toutes les émotions toujours. Mais nous pouvons faire un chemin :

. de la coupure au contact avec l’émotion là où il est coupé

. et de l’identification réflexe à l’émotion : «  j’ai peur et je ne suis plus que la peur et c’est la peur qui agit» (sans possibilité de prendre du recul) jusqu’à « être avec ma peur » (ma peur est là, je la sens mais je n’en suis pas victime).

Ce chemin à partir des émotions pourrait être vu comme l’essentiel du chemin humain.

Les chemins de l’émotion

La façon dont nous sommes en relation ou non avec nos émotions dépend totalement de la relation globale qu’on a avec soi-même. Sommes-nous victimes de nos émotions ? Sommes-nous de grands contrôleurs qui refusons l’émotion? Sommes-nous indulgents avec nous-mêmes ? Savons-nous nous accepter, sommes-nous de bons compagnons pour nous-mêmes ?

Dans la relation à l’émotion, il y a plusieurs étapes qui sont des étapes de conscience et aussi les différents aspects  du processus de transformation.

repérer, contacter, sentir ce qui passe, dans le corps, dans le cœur. Il se passe « quelque chose ».

2  reconnaitre qu’il y a là une émotion sans la juger

3 nommer l’émotion : identifier l’émotion et la nommer (pour soi)

3 accepter : légitimer  cette part de soi et l’accepter. Nous sommes vivants et rien de ce qui est humain ne peut nous être totalement étranger.

4 choisir : dans la maturité que l’on peut développer avec l’émotion, arrive le temps du choix.  Nous pouvons :

  • transformer l’émotion : la laisser circuler et se transformer sans besoin d’expression
  • mettre de côté l’émotion consciemment et reporter éventuellement son expression (frapper l’agent de police ne m’apportera que des ennuis)
  • prendre du temps pour cette émotion qui attend peut être depuis des lustres de trouver la lumière et s’identifier à cette émotion, lui donner toute la place, et la laisser nous traverser.
  • exprimer cette émotion

soit dans son intimité : la danser, l’écrire, la sculpter, la peindre, la chanter, la crier, la pleurer,

soit dans la relation : la dire de suite ou plus tard.

Dans la libération du corps et de l’être, l’expression de l’émotion est essentielle. Le retour à des traumatismes du passé, proches ou lointains, offre la possibilité de vivre totalement ces événements ou situations et, en général, de contacter et d’exprimer les émotions qui y étaient associées et qui avaient été retenues pour différentes raisons. Cette expression de l’émotion permet d’achever une « histoire », une Gestalt,[1] de l’intégrer et d’assimiler cette expérience pour être prêt à du neuf, plutôt qu’à une répétition incessante de schémas anciens. Cette décharge libère les tensions accumulées parfois sur de longues années. Et “ce n’est pas l’image passée qui a provoqué la décharge de l’affect, mais la relaxation de l’inhibition présente.”[2] C’est bien dans le présent que le contact et la libération sont possibles. C’est là un des sens du travail corporel et émotionnel : libérer et laisser s’exprimer maintenant les émotions retenues ou gelées dans le passé.

Plus largement se libérer des schémas répétitifs passe par l’ouverture à une conscience intégrale des émotions. Notre vie intérieure est régie par les émotions, en général de manière inconsciente, et prendre conscience ou/et exprimer les émotions permet dans un premier temps de se les réapproprier, de les accepter et d’apprendre à s’aimer aussi avec ces émotions qui sont une expression du vivant, de la vie à travers nous comme tout ce qui se présente en nous.

Le corps

Nous avons des habitudes, des réflexes qui nous poussent à juger les émotions : bonne ou mauvaise, honteuse, etc. Un axe important du travail est de s’entraîner et d’entraîner l’autre à constater simplement ces émotions et à les accueillir sans faire d’histoires, simplement, sans jugement : cette émotion n’est ni bonne, ni mauvaise, elle est juste présente.

Pour accueillir, gérer, contenir l’émotion il s’agit d’être dans son corps, de respirer, (une posture plus équilibrée, une respiration profonde, un recul physique, un soupir, un étirement sont souvent suffisants pour rester avec l’émotion sans réagir : ni fuir, ni agir par réflexe). L’expression respectueuse de l’émotion est parfois possible et permet de libérer la tension éventuelle.

A chaque instant, nous avons l’opportunité d’accepter ou de fuir, de refuser, ce qui se passe là à l’intérieur de nous, souffrances, tensions… parfois bonheurs et plaisir. De nombreuses personnes, par habitude, ont aussi beaucoup de mal à recevoir ce qui est bon pour elles. Si nous avons le courage d’accueillir et d’explorer notre vécu de l’instant, quel qu’il soit et quoiqu’il nous fasse vivre, alors nous nous approchons de nous mêmes, nous reconnaissons quelque chose de nous et nous sommes plus entiers, plus authentiques.

Quand il y a une émotion bloquée ou inaccessible, une partie de la vitalité est utilisée pour maintenir ce blocage. Retrouver l ‘émotion permet donc de retrouver aussi cette énergie. Il n’y a pas forcément besoin d’être conscient pour libérer un blocage. Et il n’y a pas toujours besoin d’exprimer l’émotion pour s’en libérer. Et une émotion peut en cacher une autre. (Par exemple la colère cache souvent le chagrin)

Toutes les techniques qui aident à conscientiser la vie du corps peuvent aider à développer une relation plus écologique avec l’émotion : techniques de détente, techniques énergétiques,  techniques de souffle, techniques de transe comme la respiration holotropique, etc. Certaines thérapies comme le dialogue intérieur[3] vont être aussi précieuses sur  ce chemin.

La relation

C’est dans la relation ou l’absence de relation que la capacité émotionnelle se construit. C’est dans les relations d’aujourd’hui que nous contactons le plus nos émotions ou nos coupures. C’est là qu’elles peuvent nous handicaper ou nous servir. C’est pourquoi nous pouvons apprendre sur nous et développer la relation à nos émotions dans nos couples, nos familles, les groupes que nous fréquentons ou dans les contextes thérapeutiques ou nous sommes en lien proche. La relation de couples est un excellent laboratoire pour contacter les émotions inapprivoisées par exemple…

Et nous avons beaucoup à apprendre. La plupart du temps quand l’émotion nous prend, il y a un amalgame entre la situation ou les faits du présent, la réaction à cette situation, les croyances ou pensées associées et les sensations et nous sommes victimes de nous-mêmes, sans conscience. C’est donc une occasion de mettre de la conscience et de différencier tout ça…

La CNV nous enseigne les bases d’une communication où les émotions sont respectées. La CNV[4] (communication non-violente) est une technique qui peut soutenir cet éclaircissement dans la relation avec soi-même et avec l’autre. :

1 Observation objective de la situation (en mettant de côté nos jugements et nos évaluations)

2 Identification des sentiments/émotions qu’éveille la situation (en les différenciant de nos interprétations et de nos jugements)

3 Identification des besoins liés à es sentiments (aspirations profondes, motivations, etc.)

4 Formulation éventuelle d’une demande en vue de satisfaire ces besoins (présentée de façon positive, concrète et réalisable).

Nous pouvons apprendre de cette technique ou de ce type de travail sur soi à :

  • exprimer avec clarté ce qui se passe en moi sans reproche, ni jugement dans la relation à moi ou à l’autre :

1 les observations, faits concrets qui contribuent ou non à mon bien-être                                       Lorsque je vois, j’entends, …

2 Comment je me sens en relation avec ces faits                                                                         je me sens …

3 les besoins qui sont à l’origine de mes sentiments                                                                          parce que j’ai besoin de…

4 les actions concrètes, réalisables en langage affirmatif que je voudrais voir entreprises  maintenant et je souhaiterais … (avec moi) es-tu d’accord … ? (avec l’autre)

  • Recevoir avec empathie ce qui se passe en l’autre sans entendre ni critique, ni reproche

1 les observations, faits concrets qui contribuent ou non à son bien-être                                         Lorsque tu vois, tu entends, …

2 Comment il/elle se sent en relation avec ces faits ?                                                                               Est-ce que tu te sens  …           ?

3 les besoins qui sont à l’origine de mes sentiments                                                                          parce que tu as besoin de…

4 les actions concrètes, réalisables en langage affirmatif qu’il/elle voudrait voir entreprises  maintenant                                                                                                                                    Est-ce bien ça et maintenant aimerais-tu  … ?

Il s’agit ici de bien différencier les pensées ou interprétations ou jugements et les ressentis/ émotions, quand l’émotion est bien repérée, alors nous avons pris une certaine distance avec elle et il est possible de la considérer plus calmement, plus librement.

C’est la qualité de la relation que j’ai avec moi-même qui diffuse dans la relation avec l’autre.

Ce n’est pas mon émotion qui passe dans la relation à l’autre mais la relation que j’ai avec mon émotion.

Plus j’aurai exploré mes émotions, plus je serai apte à sentir, reconnaitre, accepter et vivre librement mes émotions, plus je serai capable d’accueillir celles des autres, sans peur, sans jugement, sans fascination.

Si je ne peux pas sentir et reconnaitre une émotion chez moi, je risque de la projeter, importer, imaginer chez l’autre «  je vois bien que tu es en colère » et l’autre peut faire de même avec moi. (Projection)

Je  peux parfois même ressentir vraiment cette colère ou peur ou … que l‘autre projette sur moi, m’identifier à cette projection. (Identification projective)

Je peux en face de l’autre ressentir soudain une émotion : est-elle à moi ou à l’autre ? En effet, d’une part, par résonnance si mon corps est plus libre et plus ouvert, je peux ressentir ce que ressent l’autre et d’autre part, si une personne n’est pas capable de ressentir une émotion particulière à un moment donné, c’est possible que moi, je la ressente de et pour l’autre (Résonnance)

Pour nous tous, selon les circonstances, selon notre énergie ou notre fatigue, il y a toujours  des moments où l’émotion monte sans crier gare. Pouvons-nous alors l’accueillir sans la juger, la reconnaître simplement et l’exprimer respectueusement ou/et la laisser de suite redescendre, dans la détente ? Tel est le chemin… mais quand nous n’y parvenons pas, entraînons-nous à éviter un autre jugement sur nous-mêmes et  félicitons-nous déjà d’avoir vue cette émotion.

Notre ego, notre forme psychique, existe et existera et il est une étape tellement essentielle de notre développement ! Si nous sommes victimes de nos émotions, nous sommes victimes de notre ego. Nous le laissons prendre le pouvoir sur notre vie. Or nous ne sommes pas seulement notre ego et nos émotions, nous sommes beaucoup plus vastes que ça et ce travail à partir des émotions nous conduit vers une vie plus entière, nous conduit à être qui nous sommes vraiment chacun plutôt que le personnage que nous avons construit pour nous défendre de la souffrance.

 

[1] « Achever une Gestalt » est un terme qui appartient à la Gestalt-thérapie, “en réalité il serait plus juste de parler de Gestaltung, mot indiquant une action prévue en cours ou achevée, impliquant un processus de mise en forme, une formation” Serge Ginger, La Gestalt, une thérapie du contact – Hommes et Groupes Editeurs, 1987

[2] Perls F., Hefferline R., Goodman P., voir bibliographie

[3] Décrit par ses fondateurs, Hal et Sidra Stone, comme un « outil de communication à la simplicité trompeuse mais au pouvoir puissant », le dialogue intérieur est une thérapie brève et ludique, elle promet une transformation globale de la personne tant sur les plans physique, mental, émotionnel que spirituel. Son concept : découvrir, expérimenter et intégrer les différentes “sous-personnalités” qui nous habitent.

 

[4] La CNV a été mise au point par Marshall B. Rosenberg, psychologue clinicien et collègue de Carl Rogers

L’émotion, un chemin vers l’être, 2e Chapitre

Comment se construit la relation à l’émotion ?

Nous savons que nous pouvons distinguer différentes familles d’émotions et  nous avons vu les différents types de relation que nous entretenons avec les émotions. (L’émotion, un chemin vers l’être 1er chapitre)

Mais comment s’est donc construite cette relation à l’émotion ? Comment comprendre et accepter cette construction ? Approchons-nous de notre histoire humaine…

 

LES ÉMOTIONS DE L’EGO

1  Les environnements contenants

L’être humain est, tout au long de sa vie, soumis aux influences des contextes physiques, psychologiques, sociaux et culturels. Mais déjà dans l’utérus, le petit être reçoit de nombreuses informations. Le ventre maternel, avec tout ce qui y nourrit l’embryon puis le fœtus, du plus concret au plus subtil, constitue le premier environnement de la vie. Richard Moss appelle ce contexte, le premier environnement contenant ou environnement de soutien.

Le deuxième environnement contenant est l’environnement externe (relation à la mère, environnement psychologique, culturel, social…) dans lequel le bébé se développe après sa naissance et plus tard.L’enfant est doté d’une conscience qui, dans son premier niveau, est surtout une conscience de sensations : c’est bon, pas bon, agréable, désagréable, confortable, inconfortable, chaud, froid… Et selon la nature de l’expérience qui se présente, l’enfant va se détendre ou se crisper, se contracter dans son corps. Et bien sûr, il va apprendre très rapidement à repérer ce qui amène plaisir ou inconfort. Progressivement, il va intégrer ces schémas relationnels et s’organiser en fonction de la réponse de son environnement pour obtenir les satisfactions nécessaires à ses besoins physiologiques et aussi psychologiques. Il s’agit essentiellement des besoins d’être en sécurité, d’être aimé, approuvé, et de garder le contrôle.

Le troisième environnement contenant se construit à partir du deuxième environnement : l’enfant intériorise le sentiment de qui il est, élaborant ainsi un système de soi, une identité de base qui se stabilise vers l’âge de 6 ans et peut être appelée aussi la personnalité de survie. C’est le « je », l’ego. Au sein du troisième environnement de soutien, tous les êtres humains défendent et recréent inconsciemment et sans cesse leur identité de survie. Par conséquent la réalité qu’ils vivent, que nous vivons tous, est toujours un aspect de cette lutte pour la survie. C’est cependant à ce niveau qu’il est possible aussi de choisir d’exercer sa conscience et son pouvoir, à ce niveau qu’il est possible un jour de commencer à se réveiller. C’est souvent parce que la souffrance devient trop importante ou par révélation soudaine, une rencontre, un événement de la vie, …

  • La boucle peur/espoir

La personnalité de survie qui s’est construite en relation avec les deux premiers environnements contenants est une sorte de cycle d’addiction conditionné principalement par la peur et l’espoir. Derrière le « je suis moi », il y a donc aussi l’insuffisance : « comme je suis, ça ne va pas » ou « je ne suis pas suffisamment ceci ou cela » ou « je ne suis pas ». Ce sont les deux faces de l’identité première, qui a manqué, et qui se sent déficiente. La vie devient une tentative inconsciente de compenser ce trou, de créer une « identité compensatoire » (John Welwood), c’est une autre façon de voir et de concevoir la personnalité de survie ou l’ego :

  • si je me sens laid, j’essaie d’être beau
  • si je me sens faible, j’essaie d’être fort
  • si je ne me sens pas vu, je peux devenir artiste, enseignant ou formateur…

Le problème avec l’identité compensatoire, c’est qu’il n’y a pas de fond. Et tout ce qu’on fait ne parvient pas à remplir le trou.  Quand on commence à compenser, on commence à réussir et on a de l’espoir. Puis on se rend compte que ça ne marche pas vraiment et c’est le désespoir.                                              Et là est la boucle : peur → espoir → peur → espoir… qui se met en route.

  • Les émotions apprivoisées et inapprivoisées

Une émotion connue, repérée, apprivoisée (colère, jalousie, joie, anxiété, …) permet de maintenir la continuité de notre je-ego, de ce troisième environnement. Même si nous n’y prenons pas plaisir, et que nous nous sentons très perturbés quand elle nous capture, rien n’est menacé sauf notre image de nous-mêmes, ou bien notre idée de l’image que nous voudrions donner aux autres ou encore notre préférence pour une autre émotion. Notre sentiment identitaire de base reste indemne. Avec l’émotion apprivoisée, nous pouvons travailler sur nos émotions, les reconnaître,  nous pouvons apprendre à nommer ce que nous ressentons et y trouver une cause, une raison, à un niveau ou un autre. Et ainsi nous connaitre davantage et nous accepter davantage. Mais nous restons dans le connu.

Parfois, à l’occasion souvent d’un évènement de notre vie,  nous sommes submergés par des émotions soudaines, qui nous emportent, nous dévastent, nous laissent sans mots, sans sens. Ce sont les émotions inapprivoisées. Nous sommes tellement imbriqués dans le sentiment lui-même que nous n’arrivons pas à nous en distancier suffisamment pour même le décrire. On se sent noyé, dissous et dépassé. C’est comme un abîme, un trou noir qui semble nous aspirer jusqu’à la disparition : terreur, effroi, annihilation, étouffement… Il y a un amalgame du temps et de l’identité, cela donne le sentiment que ça va durer pour toujours et que nous ne sommes que cela.

Ceci suggère que certaines de ces émotions trouvent leurs racines dans les étapes précoces de notre développement, bien avant notre capacité à utiliser le langage et sont donc antérieures à notre capacité à différencier nos émotions du sentiment de nous-mêmes. Face à ces sentiments inapprivoisés, la plupart du temps, nous activons instantanément notre personnalité de survie et entrons invariablement dans une émotion apprivoisée,que nous connaissons donc. Les émotions apprivoisées sont invariablement des adaptations de survie de l’ego.

  • Émotions autorisées, obligatoires ou interdites

Une autre façon de regarder nos relations à l’émotion invite la question de l’interdit, l’autorisé et l’obligatoire. Depuis notre conception, nous sommes, comme nous l’avons vu, concernés par le monde qui nous entoure, à commencer par le ventre maternel, et confrontés à des impacts venus de l’extérieur, de l’autre.

En grandissant et selon ces impacts et ces « autres », nous allons éliminer certaines émotions qui vont devenir « interdites », soit parce qu’elles surviennent très tôt à un moment où nous ne sommes pas encore suffisamment différenciés et n’avons pas encore la possibilité de les distinguer du sentiment de nous-mêmes, soit parce que l’environnement ne nous fait pas suffisamment miroir, ne nous autorise pas ce ressenti et son expression. Il y a une sorte d’interdit interne qui s’installe.

De la même façon, en grandissant l’environnement nous propose des modèles émotionnels et nous allons nous y soumettre ou peut-être prendre le contre-pied. Là il y aura donc des émotions interdites et des émotions autorisées et peut être même des émotions obligatoires… Si je suis un homme je dois être en colère et la manifester par exemple.

Pour une même personne, c’est à dire pour une même organisation psychique avec les émotions, la liberté émotionnelle dépend aussi des contextes. Certaines émotions sont peut être autorisées au travail et interdites à la maison ou inversement.

Notre développement psychique et notre déploiement sont très en lien avec l’émotion et la relation à l’émotion. Une vie libre serait une vie qui ressent et laisse passer les sensations, les émotions, les pensées… C’est la réaction à nos émotions, la relation, l’attitude que nous avons avec elles qui a fait de nous et fait de nous qui nous sommes et comment nous nous comportons.

Brigitte Chavas

Chavas Brigitte et Blin Bernadette, Guérir l’ego, révéler l’être, le défi des thérapies transpersonnelles – Trédaniel 2009

ChavasBrigitte et Blin Bernadette, Manuel de psychothérapie transpersonnelle – Nouvelles évidences, Dunod Interéditions 2011

Moss Richard, Le mandala de l’être – Albin Michel 2008

Welwood John, Pour une psychologie de l’Eveil – La Table Ronde 2004

 

L’émotion, un chemin vers l’être, 1er chapitre

Notre vraie vie, quotidienne, dépend beaucoup de la relation que nous avons avec nos émotions.

Vous l’avez sans doute remarqué : maintenant tout le monde est d’accord, psys, enseignants spirituels, coachs : notre vie est largement conditionnée par la façon dont nous vivons nos émotions.

Après avoir voulu éviter,  contrôler,  puis « gérer » nos émotions, nous entrons dans une nouvelle connaissance des nos émotions et plus largement de notre monde interne, de la relation à nous-mêmes, bref de l’amour de soi.

Car plus que la question de l’émotion elle-même, nous avons à regarder la relation que nous avons avec nos émotions… et, plus difficile, la relation singulière que nous avons avec chaque émotion. Je peux être addict à la colère, coupé(e) de la joie par exemple, ou l’inverse…  OK regardons ça de plus près : c’est quoi l’émotion d’abord ?

Il y a de nombreuses terminologies autour des notions de : émotion, sentiment, ressenti, sensation.

Je propose les définitions suivantes très simples :

La sensation : ressenti physique, repérable dans le corps

L’émotion : ressenti à la fois physique et affectif (accompagné parfois de modifications physiologiques) associé à des évènements extérieurs du présent, des souvenirs, des craintes ou simplement des pensées

Le sentiment : parfois synonyme de ressenti (ce que je sens) par opposition à la pensée ou alors ressenti affectif, du cœur

Le ressenti : ce que je sens,  regroupe tous les précédents, l’éprouvé à tous les niveaux, corporel, affectif, émotionnel.

 

IL EXISTE PLUSIEURS LISTES DES EMOTIONS PRINCIPALES OU DES FAMILLES D’EMOTIONS.

–          Le plus souvent  (comme en Analyse Transactionnelle) sont comptées 4 émotions fondamentales : la joie, la tristesse, la peur, la colère. Les autres émotions sont considérées comme des nuances ou des déclinaisons de ces quatre émotions principales.

La joie : Je suis satisfait, content, ravi, enchanté, comblé, réjoui, radieux, gai, joyeux, heureux, excité, fier, aux anges…

La tristesse : Je suis triste, morose, chagriné, sombre, abattu, affecté, accablé, affligé, amer, morne, découragé, déprimé, dépité, peiné, déçu…

La peur : Je suis inquiet, anxieux, soucieux, préoccupé, agité, angoissé, tracassé, tourmenté, paniqué, affolé, effrayé, apeuré, épouvanté, terrifié, terrorisé…

La colère : Je suis contrarié, exaspéré, agacé, irrité, fâché, énervé, indigné, outré, révolté, scandalisé, choqué, offensé, blessé, offusqué, impatient, bouillonnant, emporté, frustré, enragé, furieux, violent…

  • Parfois (comme Paul Eckman, grand psychologue américain spécialiste des émotions) on distingue 6 émotions fondamentales : joie, tristesse, dégoût, peur, colère, surprise.
  • Certains parlent de sept familles d’émotions qui partagent une expression faciale universelle. On considère qu’une émotion possède une expression faciale universelle si, quelles que soient sa culture et ses origines, chaque individu à la fois  exprime cette émotion de la même manière sur son visage et est capable de reconnaître et d’interpréter chez autrui l’émotion derrière cette expression faciale.  Ces caractéristiques sont présentes pour les 7 familles d’expressions suivantes : le bonheur, la tristesse, la colère, le dégoût, la peur, la surprise, le mépris.
  • La médecine traditionnelle chinoise considère 5 émotions principales : colère, joie, pensée, tristesse, peur et deux secondaires : affliction et effroi.
  • 7 familles émotionnelles aussi pour le docteur Bach : Peur, incertitude, découragement, solitude, hypersensibilité à autrui, manque d’intérêt pour le présent, préoccupation excessive du bien-être des autres.
  • Parfois enfin la honte est reconnue aussi comme une émotion.

Peu importent les listes, l’essentiel est la conscience qui va être développée et la liberté qui va être acquise par l’intermédiaire des émotions.

 

Les différents  types de relation à l’émotion

Nous entretenons des relations particulières aux émotions et qui peuvent être différentes selon les émotions. X sera souvent en colère et « à l’aise » avec la colère mais détestera pleurer. Y au contraire pourra manifester du chagrin facilement mais pas de la colère. Donc selon les émotions nous pourrons avoir différents types d’attitude, consciente ou inconsciente :

  • coupure, déni, refus, refoulement :

Certaines personnes se sont construites sur le refus de toute émotion. Ce refus conscient ou inconscient de l’émotion est un refus de tout ressenti et un investissement général du mental, de l’intellect. D’autres sont en lien avec certaines émotions alors que d’autres sont inaccessibles. Dans tous les cas, ce fut une façon de se protéger respectable mais ce refus coupe aussi maintenant du sentiment d’être vraiment vivant et vraiment en relation. Il peut y avoir trois niveaux de coupure : le refoulement, le déni de l’émotion, ou la possibilité de contacter l’émotion mais sans la possibilité de l’exprimer.

  • identification, fusion, envahissement, dépendance :

D’autres personnes présentent au contraire une addiction aux émotions, à certaine(s) ou à toutes, la dépendance à l’émotion donne là le sentiment d’être vraiment vivant mais  laisse victime de ces parts de soi, sans liberté. Très proche, la dépendance à l’intensité est une dépendance courante qui se vit de manières diverses et qui coupe d’un véritable contact avec soi-même, qui évite sans doute de rencontrer des parts de soi effrayantes ou considérées comme mauvaises. La personnalité peut être identifiée à certaines émotions et donc dépendante à ces émotions. Le fait de refouler ou de s’identifier fait que l’émotion dure.

  • contact avec l’émotion avec possibilité ou non de l’exprimer : la personne sent bien l’émotion, mais ne peut l’exprimer
  • dialogue avec l’émotion, surfer, chevaucher, être avec (qu’elle soit exprimée ou non). Ce serait la relation la plus saine et complète avec l ‘émotion.

 

ET NOUS POUVONS TOUS RÊVER DE TROUVER CE DIALOGUE AVEC LES ÉMOTIONS.

Mais comment ?

La suite bientôt…

Brigitte Chavas

Embrasser le ciel et la terre, l’impact de l’ouverture spirituelle du thérapeute

Une personne porte avec elle tout ce qu’elle est. Toutes ses croyances, ses habitudes et ses potentiels, nourris de son histoire et cultivés au fil des années. Et même si, dans la présence à l’instant, se révèle parfois, et par grâce, la chance d’être nu, simplement vide, disponible, il suffit d’un mot, d’un battement de cil, pour que les formes personnelles, psychiques, corporelles, prennent à nouveau le devant de la scène. C’est la réalité de l’incarnation humaine.

Dans la psychothérapie, au-delà de sa vision de l’être humain et des techniques qu’il emploie, l’influence de la personne même du thérapeute est ainsi indiscutable : son regard, son souffle, son cœur sont modelés par sa propre aventure de vie.

Nous allons interroger ici l’impact spécifique d’un thérapeute qui a une ouverture spirituelle.

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L’accompagnement transpersonnel des adolescents et des jeunes

Nous accompagnons depuis 2007 des groupes d’ados et de jeunes adultes en leur proposant des séminaires de week-end dans la nature associant le travail en groupe, l’expérience de Respiration Holotropique et des rituels de passage vers l’autonomie et la solidarité.

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Psychologie et psychothérapie transpersonnelles, Guérir l’ego, révéler l’être

Un regard holistique

À la croisée des traditions spirituelles, des philosophies, des psychologies et du chamanisme, le mouvement transpersonnel, développé entre autres par le docteur Stanislav Grof, pose un regard holistique sur l’être humain. Au-delà de notre seule histoire biographique, la psychologie issue de ce courant, prend en compte notre vécu périnatal (gestation et naissance) et intègre aussi nos dimensions corporelle, émotionnelle, énergétique, et spirituelle. Les psychothérapies transpersonnelles sont ainsi des thérapies intégratives.

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L’accompagnement de Marie, de l’inceste à l’amour

En plus de 20 années de pratique, bien souvent, dans mon cabinet, des clients m’ont confié des histoires extraordinaires qui représentaient pour eux un moment incroyablement fort et parfois une étape de vie essentielle avec les profonds questionnements qu’elle avait suscités. En voici trois exemples.

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Un rite d’initiation pour les jeunes d’aujourd’hui

En quatre ans, depuis 1997, quinze stages « Souffle et Thérapie, spécial jeunes » ont accueilli plus de cent vingt jeunes de 14 à 27 ans. Nous nous proposons de décrire et interroger ici cette pratique avec les ados et les jeunes à partir de l’intérêt que nous portons aux rituels.

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